CHAPITRE SIX
LE DPART DE BOROMIR

Aragorn gravit rapidement la colline. De temps  autre, il se baissait jusqu'au sol. Les Hobbits ont le pas lger et leurs empreintes ne sont pas faciles  interprter, mme pour un Rdeur, mais, non loin du sommet, une source traversait le sentier, et il vit dans la terre mouille ce qu'il cherchait.
Je vois bien les signes, se dit-il. Frodon a couru jusqu'au sommet. Je me demande ce qu'il a pu y voir. Mais il est revenu par le mme chemin, et il a redescendu la colline
Aragorn hsita. Il aurait voulu aller lui-mme au haut sige, dans l'espoir d'y voir quelque chose qui le guiderait dans ses perplexits, mais le temps pressait. Soudain, il s'lana en avant et courut au sommet, il traversa les grandes dalles et monta les marches. Puis, s'asseyant dans le haut sige, il regarda autour de lui. Mais le soleil semblait obscurci, et le monde estomp et distant. Il dcrivit un tour complet du Nord au Nord, mais il ne vit rien d'autre que les collines loignes, sinon que dans le lointain un grand oiseau semblable  un aigle planait de nouveau haut dans le ciel, descendant lentement vers la terre en larges cercles.
Tandis mme qu'il observait, son oreille fine perut des sons dans la fort qui s'tendait en dessous  l'ouest de la rivire. II se raidit. II y avait des cris et, entre autres,  son horreur, il distinguait la voix rauque d'Orques. Et puis, soudain, rsonna l'appel profond et guttural d'un grand cor, dont les chos frapprent les collines, se rpercutant dans les creux et dominant de sa clameur puissante le rugissement des chutes.
Le cor de Boromir!  S'cria t'il. Il est en difficult!  Il s'lana sur les marches et descendit le sentier en courant. Hlas!  Je suis poursuivi par le mauvais sort aujourd'hui, et tout ce que je fais va de travers. O est Sam?  
Tandis qu'il courait, les appels croissaient, mais plus faibles  prsent, et le cor sonnait dsesprment. Les cris des Orques s'levaient, froces et aigus, et soudain les appels de cor cessrent. Aragorn dvala la dernire pente, mais les sons s'affaiblirent avant qu'il n'et pu atteindre le pied de la colline, et comme il tournait sur la gauche pour courir dans leur direction, ils se retirrent jusqu' ce qu'enfin il ne les entendt plus du tout. Tirant sa brillante pe, il s'enfona parmi les arbres au cri d'Elendil!  Elendil! 
A un mille peut-tre de Parth Galen, il trouva Boromir dans une petite clairire proche du lac. Il tait assis le dos contre un grand arbre, comme s'il se reposait. Mais Aragorn vit qu'il tait perc de maintes flches empennes de noir, il avait encore l'pe  la main, mais elle tait brise prs de la garde, son cor, fendu en deux, se trouvait  son ct. Un grand nombre d'Orques abattus gisaient autour de lui et  ses pieds.
Aragorn s'agenouilla  ct de lui. Boromir ouvrit les yeux et s'effora de parler. Les mots finirent par sortir lentement: J'ai essay de prendre l'Anneau  Frodon, dit-il. Je regrette. J'ai pay.  II laissa vaguer son regard sur ses ennemis tombs, une trentaine au moins gisaient l. Ils sont partis: les Semi-Hommes, les Orques les ont pris. Je crois qu'ils ne sont pas morts. Des Orques les ont ligots.  Il se tut, et ses yeux se fermrent avec lassitude. Au bout d'un moment, il parla de nouveau
Adieu, Aragorn!  Va  Minas Tirith et sauve mon peuple!  J'ai chou
Non!  Dit Aragorn, lui prenant la main et lui baisant le front. Tu as vaincu. Peu d'hommes ont remport une pareille victoire. Sois en paix!  Minas Tirith ne tombera pas!  
Boromir sourit.
Par o sont-ils partis?  Frodon tait-il l?   Demanda Aragorn.
Mais Boromir ne dit plus rien.
Hlas!  Dit Aragorn. Ainsi disparat l'hritier de Denethor, Seigneur de la Tour de Garde!  C'est une fin cruelle. La Compagnie est maintenant tout en ruine. C'est moi qui ai chou. Vaine fut la confiance que Gandalf avait mise en moi. Que vais-je faire,  prsent?  Boromir m'a impos d'aller  Minas Tirith et mon cur le dsire, mais o sont l'Anneau et le Porteur?  Comment les trouver et sauver la Qute du dsastre?  
II resta un moment agenouill, courb par ses pleurs, sans lcher la main de Boromir. C'est ainsi que Legolas et Gimli le trouvrent. Ils venaient du versant ouest de la colline, se glissant en silence parmi les arbres comme  la chasse. Gimli avait sa hache  la main, et Legolas son long poignard: ses flches taient toutes puises. En dbouchant dans la clairire, ils s'arrtrent, stupfaits, et ils restrent l un moment, la tte baisse de chagrin, car ils voyaient clairement ce qui s'tait pass.
Hlas!  Dit Legolas, rejoignant Aragorn. Nous avons chass et tu de nombreux Orques dans la fort, mais nous aurions t plus utiles ici. Nous sommes venus en entendant le cor mais trop tard, semble t'il. Je crains que vous n'ayez reu des blessures mortelles
Boromir est mort, dit Aragorn. Je suis indemne, car je n'tais pas ici avec lui. II est tomb en dfendant les Hobbits, pendant que je me trouvais l-haut sur la colline
Les Hobbits!  S'cria Gimli. O sont-ils donc?  O est Frodon?  
Je l'ignore, rpondit Aragorn avec lassitude. Avant de mourir, Boromir m'a dit que les Orques les avaient ligots, il ne croyait pas qu'ils fussent morts. Je l'avais envoy suivre Merry et Pippin, mais je ne lui ai pas demand si Frodon et Sam taient avec lui: pas avant qu'il ne ft trop tard. Tout ce que j'ai fait aujourd'hui a mal tourn. Que faire  prsent?  
Il faut tout d'abord s'occuper de celui qui est tomb, dit Legolas. On ne peut le laisser tendu l comme une charogne au milieu de ces infects Orques
Mais il faut tre prompts, dit Gimli. Il ne voudrait pas que nous tranions. Nous devons suivre les Orques, s'il y a un espoir que certains membres de notre Compagnie soient des prisonniers vivants
Mais nous ne savons pas si le Porteur de l'Anneau est avec eux ou non, dit Aragorn. Devons-nous l'abandonner?  Ne devons-nous pas le chercher d'abord?  Nous sommes maintenant devant un funeste choix!  
Eh bien, faisons d'abord ce que nous devons faire, dit Legolas. Nous n'avons ni le temps ni les outils ncessaires pour enterrer notre camarade convenablement ou pour lever un tertre au-dessus de lui. Nous pourrions difier un cairn
Le travail serait dur et long: pour trouver des pierres utilisables, il faudrait aller jusqu'au bord de l'eau, dit Gimli.
Alors, tendons le dans un bateau avec ses armes et celles de ses ennemis vaincus, dit Aragorn. La Rivire de Gondor veillera au moins  ce qu'aucune crature mauvaise ne dshonore ses os
Ils fouillrent rapidement les corps des Orques pour rassembler en un tas leurs pes, leurs casques et boucliers fendus.
Regardez!  S'cria Aragorn. Nous avons ici des indications!   Il ramassa dans le tas de sinistres armes deux poignards  lame en forme de feuille, damasquine d'or et de rouge, et, cherchant plus avant, il trouva aussi les fourreaux, noirs, incrusts de petites gemmes rouges. Ce ne sont pas l des ustensiles d'Orques!  Dit-il. Ils ont t ports par les Hobbits. Il n'y a pas de doute que les Orques les ont dpouills, mais qu'ils auront craint de garder les poignards, les connaissant pour ce qu'ils sont: un travail de l'Ouistrenesse, tout empreint de sortilges pour le malheur du Mordor. Eh bien, maintenant, s'ils sont encore vivants, nos amis sont privs d'armes. Je vais prendre ces choses, esprant contre tout espoir les leur rendre
Et moi, dit Legolas, je prendrai les flches que je pourrai trouver, car mon carquois est vide II chercha dans le tas et sur le sol, et il en trouva un grand nombre d'intactes, au bois plus long que celui des flches en usage chez les Orques. Il les examina de prs.
Et Aragorn, contemplant les morts, dit: Ici gisent bon nombre de cadavres qui ne sont pas ceux de gens du Mordor. Certains sont venus du Nord, des Monts Brumeux, si j'en crois ce que je connais des Orques et de leurs congnres. Et en voici d'autres qui me sont trangers. Leur quipement n'a rien  voir avec celui des Orques!  
Il y avait quatre soldats gobelins de plus grande stature, basans, aux yeux obliques, avec des jambes paisses et de grandes mains. Ils taient arms de' courtes pes  large lame et non des cimeterres courbes habituels aux Orques, et ils avaient des arcs d'if, semblables en longueur et en forme  ceux des Hommes. Ils portaient sur leurs boucliers un trange emblme: une petite main blanche au centre d'une surface noire, sur le devant de leurs casques de fer tait monte une rune de S, faite de quelque mtal blanc.
Je n'ai encore jamais vu ces signes, dit Ara gorn. Que signifient ils ? 
S reprsente Sauron, dit Gimli. L'interprtation est facile
Non !  Dit Legolas. Sauron n'utilise pas les runes elfiques
II n'use pas non plus de son vrai nom, et il ne permet pas qu'il soit crit ou prononc, dit Aragorn. Et il ne se sert pas de blanc. Les Orques au service de Bar ad-dr adoptent la marque de l'ail Rouge.  Il resta un moment plong dans ses penses. S reprsente Saroumane, je pense, finit-il par dire. Il se trame du mal en Isengard, et l'Ouest n'est plus en scurit. Il en est comme craignait Gandalf : le Tratre Saroumane a eu vent par quelque moyen de notre voyage: Il est probable aussi qu'il connat la chute de Gandalf. Des poursuivants de la Moria peuvent avoir chapp  la vigilance de la Lorien, ou ils ont pu viter ce pays et arriver en Isengard par d'autres chemins. Les Orques voyagent vite. Mais Saroumane a bien des moyens d'information. Vous appelez-vous les oiseaux?  
Eh bien, nous n'avons pas le temps de rflchir  des devinettes, si nous voulons choisir la bonne voie, rpondit Gimli.
Peut-tre n'y a t'il pas de bon choix, ajouta t'il.
Saisissant sa hache, le Nain se mit  couper plusieurs branches. Il les lia ensuite avec des cordes d'arc, et il tendit leurs capes sur le cadre. Ils portrent jusqu' la rive sur cette civire rudimentaire le corps de leur compagnon, en mme temps que le choix de trophes de son dernier combat dont ils voulaient l'accompagner. La distance tait courte, mais la tche ne leur parut pas aise, Boromir tant un homme grand et robuste.
Au bord de l'eau, Aragorn resta  veiller sur la civire, tandis que Legolas et Gimli retournaient rapidement  pied  Parth Galen. La distance tait d'un mille ou plus, et il se passa un certain temps avant leur retour, conduisant vivement  la pagaie deux embarcations le long de la rive.
Il y a quelque chose d'trange!  Dit Legolas. II n'y a que deux embarcations sur la berge. Nous n'avons pu trouver aucune trace de la troisime
Les Orques y sont-ils alls?   Demanda Aragorn.
Nous n'en avons vu aucun signe, rpondit Gimli. Et les Orques auraient pris ou dtruit tous les bateaux, ainsi que le bagage
J'examinerai le sol quand nous y serons, dit Aragorn.
Ils tendirent alors Boromir au milieu de l'embarcation qui devait l'emporter. Ils plirent et placrent sous sa tte le capuchon gris et la cape elfique. Ils peignrent ses longs cheveux sombres, qu'ils disposrent sur ses paules. La ceinture dore de la Lorien luisait autour de sa taille. Ils dposrent  ct de lui son heaume et en travers de son sein le cor fendu, avec la poigne et les fragments de son pe, sous ses pieds, ils mirent les pes de ses ennemis. Puis, aprs avoir attach la proue  la poupe de l'autre embarcation, ils le tirrent dans l'eau. Ils ramrent tristement le long du rivage et, s'tant dirigs vers le courant rapide du lit, ils passrent la prairie gazonne de Parth Galen. Les bords escarps de Tol Brandir rougeoyaient. C'tait le milieu de l'aprs-midi. Comme ils allaient vers le Sud, les vapeurs du Rauros s'levrent et miroitrent devant eux, comme une brume dore. La rue tonitruante des chutes agitait l'air dans lequel ne soufflait aucun vent.
Tristement, ils lchrent la barque funraire: l reposait Boromir, paisible, glissant sur le sein des eaux mouvantes. Le courant l'emporta, tandis qu'ils retenaient leur propre embarcation  la pagaie. Il flotta  ct d'eux, et lentement sa barque s'en alla pour ne devenir plus qu'un point noir dans la lumire dore, et soudain elle disparut. Le Rauros poursuivait son ternel rugissement. La Rivire avait pris Boromir, fils de Denethor, et nul ne devait plus le voir  Minas Tirith, debout comme il se tenait autrefois au matin sur la Tour Blanche. Mais en Gondor, dans la suite, on rapporta longtemps que la barque elfique franchit les chutes et les eaux cumantes et qu'elle le porta, par Osgiliath et au-del des multiples bouches de l'Anduin jusqu'au Grand Ocan, la nuit sous les toiles.
Les trois compagnons demeurrent un moment silencieux  le suivre des yeux. Puis Aragorn parla. Ils le guetteront de la Tour Blanche, dit-il, mais il ne reviendra ni de la montagne ni de la mer.  Puis, lentement, il se mit  chanter:

Au travers de Rohan, par les marais et les prs o crot l'herbe longue, Le Vent d'Ouest se promne et parcourt les murs.
Quelles nouvelles de l'Ouest m'apportes-tu le soir,  vent vagabond?  As-tu vu Boromir le Grand  la lumire de la lune ou des toiles?  
Je l'ai vu chevaucher par-dessus sept rivires, par-dessus les eaux vastes et grises, Je l'ai vu marcher dans les terres dsertes, jusqu' ce qu'il dispart

Dans les ombres du Nord. Je ne le vis plus alors.
Le vent du Nord a pu entendre le cor du fils de Denetho
O Boromir!  Des hauts murs  l'Ouest, je regardai au loin,
Mais tu ne vins pas des terres dsertes o nuls hommes ne sont

Puis Legolas chanta

Des bouches de la Mer vole le vent du Sud, des dunes et des pierres, Il porte les plaintifs cris des golands, et  la porte il gmit:
Quelles nouvelles du Sud,  Vent soupirant, m'apportes-tu le soir?  O est maintenant Boromir le Beau?  Il tarde, et je m'afflige 
Ne me demande pas quelle est sa demeure tant d'os gisent l
Sur les rives blanches et sur les sombres rives sous les cieux d'orage, Tant d'tres ont descendu l'Anduin pour trouver la Mer mouvante Demande d'eux au Vent du Nord les nouvelles qu'il m'envoie!  O Boromir!  Au-del de la porte la route du large court au Sud, Mais tu ne vins pas avec les golands plaintifs de la bouche de la mergrise
Puis Aragorn chanta de nouveau

D la Porte des Rois vient le Vent' du Nord, et il passe sur les chutes grondantes, Et clair et froid autour de la Tour retentit son cor sonore.

Quelles nouvelles du Nord m'apportes-tu ce jour,  Vent puissant? 
Quelles nouvelles de Boromir le Hardi?  Car il est depuis longtemps parti.  
Sous Amon Hen j'ai entendu son cri. L, maints ennemis il combattit.
Son bouclier fendu, son pe brise,  l'eau ils les apportrent.
Sa tte si fire, son visage si beau, ses membres, ils les disposrent pour le repos, Et Rauros, les chutes d or de Rauros le portrent sur leur sein
O Boromir!  La Tour de Garde toujours contemplera au Nord Rauros, les chutes d'or de Rauros, jusques  la fin des temps

Ainsi conclurent-ils. Puis ils tournrent leur embarcation et la menrent avec toute la rapidit possible contre le courant vers Parth Galen.
Vous m'avez laiss le Vent d'Est. Mais je n'en dirai rien
C'est ainsi qu'il se doit, dit Aragorn. A Minas Tirith, ils endurent le Vent d'Est, mais ils ne lui demandent pas de nouvelles. A prsent, cependant, Boromir a pris sa route, et nous devons nous hter de choisir la ntre. 
Il examina la pelouse verte, rapidement mais avec soin, se baissant mme jusqu' terre. Aucun Orque n'a pass sur ce sol, dit-il. Autrement, on ne peut rien discerner avec certitude. Toutes nos empreintes sont l,  l'aller comme au retour. Je ne saurais dire si des Hobbits sont revenus depuis le dbut de la recherche de Frodon.  Il  retourna  la rive, tout prs de l'endroit o le ruisselet de la source dgouttait dans la Rivire. Il y a des empreintes nettes, ici, dit-il. Un Hobbit est venu patauger dans l'eau et est remont, mais je ne sais s'il y a longtemps ou non.
Comment interprtez-vous cette nigme, alors?   Demanda Gimli.
Aragorn ne rpondit pas tout de suite, mais il retourna  l'endroit du campement et examina le bagage. Il manque deux ballots, dit-il, et l'un est certainement celui de Sam: il tait assez gros et lourd. Voici donc la rponse: Frodon est parti en barque, et son serviteur l'a accompagn. Frodon a d revenir pendant que nous tions tous absents. J'ai rencontr Sam qui montait la colline et je lui ai dit de me suivre, ce qu'il n'a manifestement pas fait. Il aura devin l'intention de son matre et il sera revenu ici avant le dpart de Frodon. Celui ci aura trouv difficile de laisser Sam derrire!  
Mais pourquoi nous aurait-il laisss, nous, et sans un mot?  Demanda Gimli. C'est un acte trange!  
Et courageux, dit Aragorn. Sam a eu raison, je pense. Frodon ne voulait entraner aucun ami  la mort avec lui en Mordor. Mais il savait qu'il devait lui-mme y aller. Quelque chose s'est pass aprs qu'il nous eut quitts, qui a eu raison de sa crainte et de ses doutes
Peut-tre des chasseurs orques l'ont-ils surpris et a t'il fui, dit Legolas.
Il a certainement fui, dit Aragorn, mais non pas devant des Orques,  mon avis.  Il ne dit pas  quoi taient dues,  son avis, la soudaine rsolution et la fuite de Frodon. Il garda longtemps par-devers lui les derniers mots de Boromir.
Une chose est claire, en tout cas, dit Legolas: Frodon n'est plus de ce ct de la Rivire: il est le seul  avoir pu prendre la barque. Et Sam est avec lui, c'est le seul qui aurait pris son ballot
Nous n'avons donc pour choix, dit Gimli, que de prendre l'embarcation restante et de suivre Frodon, ou de suivre les Orques  pied. Il y a peu d'espoir d'un ct comme de l'autre. Nous avons dj perdu des heures prcieuses.
Laissez-moi rflchir!  Dit Aragorn. Puiss-je faire maintenant un bon choix et changer le sort nfaste de ce malheureux jour!   Il resta un moment silencieux. Je vais suivre les Orques, dit-il enfin. J'aurais guid Frodon jusqu'en Mordor et je l'aurais accompagn jusqu' la fin, mais pour le chercher maintenant dans les Terres Sauvages, il me faudrait abandonner les prisonniers aux tourments et  la mort. Mon cur parle enfin clairement: le sort du Porteur n'est plus entre mes mains. La Compagnie a jou son rle. Mais nous qui restons, nous ne pouvons abandonner nos compagnons tant qu'il nous reste quelque force. Allons!  Partons maintenant. Laissez l tout ce dont nous pouvons nous passer!  Nous allons forcer le pas, jour et nuit!  
Ils remontrent la dernire barque et la portrent jusqu'aux arbres.
Ils placrent dessous tout ce qui ne leur tait pas indispensable et qu'ils ne pouvaient emporter. Puis ils quittrent Parth Galen. L'aprs-midi s'achevait comme ils revenaient  la clairire o tait tomb Boromir. Ils relevrent l la trace des Orques. Il n'y fallait pas une grande habilet.
Nuls autres ne font pareil pitinement, dit Legolas. Il semble qu'ils fassent leurs dlices de taillader et d'craser tout ce qui pousse, mme si ce n'est pas sur leur chemin
Leur rapidit n'en est pas moins grande, dit Aragorn, et ils ne se fatiguent point. Et par la suite, nous aurons peut-tre  dcouvrir notre route sur des sols durs et nus
Eh bien,  leurs trousses!  Dit Gimli. Les Nains aussi peuvent aller vite, et ils ne se fatiguent pas plus tt que les Orques. Mais la chasse sera longue: ils ont une bonne avance
Oui, dit Aragorn, nous aurons tous besoin de l'endurance des Nains. Mais allons!  Avec ou sans espoir, nous suivrons la trace de nos ennemis. Et malheur  eux si nous nous rvlons les plus rapides!  Nous allons effectuer une chasse qui fera l'tonnement des Trois Races apparentes: Elfes, Nains et Hommes. Sus, les Trois Chasseurs!  
Il s'lana tel un cerf. Il vola parmi les arbres, les entranant toujours en avant, infatigable et rapide, sa dcision tant enfin prise. Ils laissrent derrire eux les bois entourant le lac. Ils gravirent de longues pentes, qui se dtachaient, sombres, sur un ciel dj rougi par le couchant. Le crpuscule tomba. Ils poursuivirent leur chemin, ombres grises dans un paysage rocailleux.
